Minoritaire

 




AU BOUT DE MES RÊVES

Et même si le temps presse
Même s'il est un peu court
Si les années qu'on me laisse
Ne sont que minutes et jours

Et même si l'on m'arrête
Ou s'il faut briser des murs
En soufflant dans des trompettes
Ou à force de murmures

J'irai au bout de mes rêves
Tout au bout de mes rêves
J'irai au bout de mes rêves
Où la raison s'achève
Tout au bout de mes rêves

Et même s'il faut partir
Changer de terre ou de trace
S'il faut chercher dans l'exil
L'empreinte de mon espace

Et même si les tempêtes
Les dieux mauvais, les courants
Nous feront courber la tête
Plier les genoux sous le vent

J'irai au bout de mes rêves
Tout au bout de mes rêves
J'irai au bout de mes rêves
Où la raison s'achève
Tout au bout de mes rèves

Et même si tu me laisses
Au creux d'un mauvais détour
En ces instants où l'on teste [qui dessèchent]
La force de nos amours

Je garderai la blessure
Au fond de moi tout au fond
Mais au-dessus je te jure
Que j'effacerai ton nom

J'irai au bout de mes rèves...


COMME TOI

Elle avait les yeux clairs et la robe en velours
A côté de sa mère et la famille autour
Elle pose un peu distraite au doux soleil
de la fin du jour

La photo n'est pas bonne mais l'on peut y voir
Le bonheur en personne et la douceur d'un soir
Elle aimait la musique surtout Schumann
et puis Mozart

Comme toi...
Comme toi...
Comme toi que je regarde tout bas
Comme toi qui dors en rêvant à quoi
Comme toi...

Elle allait à l'école au village d'en bas
Elle apprenait les livres, elle apprenait les lois
Elle chantait les grenouilles
Et les princesses qui dorment au bois

Elle aimait sa poupée, elle aimait ses amis
Surtout Ruth et Anna et surtout Jérémie
Et ils se marieraient un jour peut-être à Varsovie

Comme toi...
Comme toi...
Comme toi que je regarde tout bas
Comme toi qui dors en rêvant à quoi
Comme toi...

Elle s'appelait Sarah elle n'avait pas huit ans
Sa vie c'était douceur, rêves et nuages blancs
Mais d'autres gens en avaient décidé autrement

Elle avait tes yeux clairs et elle avait ton âge
C'était une petite fille sans histoire et très sage
Mais elle n'est pas née comme toi,
ici et maintenant

Comme toi...
Comme toi...
Comme toi que je regarde tout en bas
Comme toi qui dors en rêvant à quoi
Comme toi...


TOUTES MES CHAINES

En données corrigées des variations saisonnières
Elle est beaucoup beaucoup pour moi
Elle me colle cinq sur cinq sur l'échelle de Richter
Et me bouleverse de haut en bas
Elle a des tas de circuits sur son petit computer
Qui me branchent à chaque fois

Elle est tout tout toutes mes chaines
Elle est tout tout toutes mes lois
Elle est tout tout toutes mes chaines
Et ces mots-là sont pour elle et moi

Elle est tout tout toutes mes chaines
Elle est tout tout toutes mes lois
Elle est tout tout toutes mes chaines
Et je me fous si un plus un font trois

Au tout dernier sondage sur mon échantillonnage
Elle a une côte en bois
Elle a des puorcentages pur sang pour song âge
C'est du tout tout premier choix
Jamais en ballotage toujours en avantage
Et je lui donne toujours ma voix

En données corrigées des variations saisonnières
Elle est beaucoup beaucoup pour moi
Elle me retrouve même là où je m'y perds
Où je me plonge où je me noie
Tout ce qui est utile pour elle est tutelle
Le feeling c'est sa foi.


JEANINE MÉDICAMENT BLUES

Hey bonsoir Mr Blues... bonsoir Mr Cafard
Bonsoir vielle compagne Mrs araignée noire
Je ne vous avais pas sonné je préfère pas trop vous voir
Mais puisque vous êtes là vous pouvez vous asseoir
On va se faire une fête rien qu'entre vous et moi
Nous arranger la tête les grands dans les petits plats.

Puisque mes sentiments sont en panne de moteur
Puisque je ne sais plus où pourquoi à quelle heure
Moi j'ai quelques amis qui me laissent jamais tomber
En liquide en pilule en poudre en comprimé
Les seuls à pouvoir encore me faire ressentir
Des morceaux d'émotion des bouffées de plaisir.

Une rose pour la vie
Une rouge pour l'amour
Une noire pour la nuit
Et une bleue pour le jour
Une jaune pour être speed
Une mauve pour être cool
Orange pour le rire
Et marron pour les moules
Une blanche pour être bien
Une verte pour la route
Et Jeanine Jeanine Jeanine pour éviter le pire

Quand les fêtes de la chandeleur sont bien terminées
Qu'il ne reste plus un roi une reine à tirer
Quand j'ai tout à l'envers quand je tiens plus la route
Quand il n'y a plus de mystère et plus l'ombre d'un doute
J'ai toute une panoplie rangée dans un placard
Superinsecticide spécial anti-cafard

Ne laissez plus vos sens dans les mains du hasard
Au gré de vos amours des retours des départs
Quand petit papa Noël pas descendu du ciel
Quand seul dans ton dodo plus de petit cadeau
Décide donc toi-même d'être bien d'être mal
Le bonheur en couleur sécurité sociale.


VEILLER TARD

Les lueurs immobiles d'un jour qui s'achève
La plainte douloureuse d'un chien qui aboie
Le silence inquiétant qui précède les rêves
Quand le monde disparu l'on est face à soi

Les frissons où l'amour et l'automne s'emmêlent
Le noir où s'engloutissent notre foi, nos lois
Cette inquiétude sourde qui coule en nos veines
qui nous saisit même après les plus grandes joies

Ces visages oubliés qui reviennent à la charge
Ces étreintes qu'en rêve on peut vivre cent fois
Ces raisons-là qui font que nos raisons sont vaines
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard

Ces paroles enfermées que l'on n'a pas pu dire
Ces regards insistants que l'on n'a pas compris
Ces appels évidents, ces lueurs tardives
Ces morsures aux regrets qui se livrent à la nuit

Ces solitudes dignes au milieu des silences
Ces larmes si paisibles qui coulent inexpliquées
Ces ambitions passées mais auxquelles on repense
Comme un vieux coffre plein de vieux jouets cassés

Ces liens que l'on sécrète et qui joignent les êtres
Ces désirs évadés qui nous feront aimer
Ces raisons-là qui font que nos raisons sont vaines
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard


QUAND LA MUSIQUE EST BONNE

J'ai trop saigné sur les Gibson
J'ai trop rôdé dans les Tobacco Road
Il n'y a plus que les caisses qui me resonnent
Et quand je me casse, je voyage toujours en fraude

Des champs de coton dans ma mémoire
Trois notes de blues c'est un peu d'amour noir
Quand j'suis trop court, quand j'suis trop tard
C'est un recours pour une autre histoire.

Quand la musique est bonne
Quand la musique donne
Quand la musique sonne, sonne, sonne
Quand elle ne triche pas
Quand elle guide mes pas

J'ai plus d'amour, j'ai pas le temps
J'ai plus d'humour, j'sais plus d'où vient le vent
J'ai plus qu'un clou, une étincelle
Des trucs en plomb qui me brisent les ailes

Un peu de swing, un peu du King
Pas mal de feeling et de décibels
C'est pas l'usine, c'est pas la mine
Mais ça suffit pour se faire la belle

Quand la musique est bonne
Quand la musique donne
Quand la musique sonne, sonne, sonne
Quand elle ne triche pas
Quand elle guide mes pas


JE NE VOUS PARLERAI PAS D'ELLE

Je vous dirai ma vie dans son nu le plus blême
Dans les matins pâlis où plus rien ne protège
Je vous dirai mes cris jusqu'aux plus imbéciles
Je vous livrerai tout jusqu'au bout de mes cils

Tous mes gestes promis, tout ce que je pense
De mes coups de colère à mes coups de romance
En toute complaisance, en toute impudeur
Compte rendu fidèle de toutes mes heures

J'avouerai tous les trucs interdits, les méthodes
Je vous dirai les clés, vous livrerai les codes
Les secrets inconnus à lire entre les lignes
Les talismans perdus, les chiffres et les signes

Mes arrière-pensées avec inconscience
Mes goûts et mes dégoûts et tous mes coups de chance
Même sans intérêt, même un peu faciles
Mes fantasmes enterrés, mes idées les plus viles

Mais je ne vous parlerai pas d'elle
Je ne vous parlerai pas d'elle
Elle est à côté de moi quand je me réveille
Elle a sûrement un contrat avec mon sommeil
Je ne vous parlerai pas d'elle
Elle est mon sol, elle est mon ciel
Elle est là, même où mes pas ne me guident pas
Et quand je suis pas là, elle met mes pyjamas
Elle est plus que ma vie, elle est bien mieux que moi
Elle est ce qui me reste quand j'fais plus le poids
Je ne vous parlerai pas d'elle

Elle est à côté de moi quand je me réveille
Elle a sûrement un contrat avec mon sommeil
Elle est là, même où mes pas ne me guident pas
Et quand je suis pas là, elle met mes pyjamas
Elle est plus que ma vie, elle est bien mieux que moi
Elle est ce qui me reste quand j'fais plus le poids
Je ne vous parlerai pas d'elle


ÊTRE LE PREMIER

Ça a été très long mais il y est arrivé
Il fait le compte de ce qu'il y a laissé
Beaucoup plus que des plumes, des morceaux entiers
Et certains disent même un peu d'identité

Pourtant, elle est en lui cette force immobile
Qui le pousse en avant, l'empêche de dormir
Toujours vers l'effort à côte des plaisirs
Jusqu'à l'obséder par cet unique mobile

Pour être le premier
Pour arriver là-haut, tout au bout de l'échelle
Comme ces aigles noirs qui dominent le ciel
Pour être le premier
Pour goûter le vertige des hautes altitudes
Le goût particulier des grandes solitudes
Pour être le premier

Elle était innocence, douceur et jolie
De ces amours immenses où l'on blottit sa vie
Mais d'une âme trop simple pour comprendre un peu
Que l'on puisse désirer mieux que d'être heureux

On dit qu'il a la chance mais qu'il n'a plus d'amis
Mais moi je sais qu'au moins, il est bien avec lui
Comme s'il avait le choix ou cette liberté
Quand on a cette voix qui vous dit d'avancer

Pour être le premier...


SI TU M'EMMÈNES

Et s'il fait vraiment chaud
Moi, je porterai l'eau
Je gommerai ta soif
Jusqu'à ce qu'elle s'efface
J'cacherai les repères
Afin que l'on se perde
Et s'il n'y a rien à faire
J'agrandirai l'espace

Si tu m'emmènes...

Je guiderai tes pas
Dans les jungles d'ailleurs
Je chaufferai le froid
Qui te glace le coeur
Je giflerai la nuit
Pour que vienne le jour
J'oublierai tes oublis
J'aimerai tes amours

Si tu m'emmènes...

Comme un indien, comme un sherpa
Un éclaireur, un iroquois
Sur mon visage, peintes,
les larmes de mon roi
Je serai là
Emmène-moi

Tu choisiras l'endroit
Tu choisiras l'instant
Et l'acier sur nos bras
Mélangera nos sangs
Tu me désigneras
Les ennemis, les frères
Les idoles et les lois
les croix et les bannières

Si tu m'emmènes...

J'apprendrai le courage
À la peur qui serre
Je prendrai page à page
La force nécessaire
La pitié, le mensonge
Si tu me le demandes
Même l'envie qui ronge
Et la folie qui mange

Et s'il fait vraiment chaud
Moi, je porterai l'eau
Je gommerai ta soif
Jusqu'à ce qu'elle s'efface
J'cacherai les repères
Afin que l'on se perde
Et s'il n'y a rien à faire
J'agrandirai l'espace

Si tu m'emmènes
Emmène-moi...


MINORITAIRE

Je n'ai pas mérité de jouer du rock'n roll
Mes ghettos mes idées ne sont pas homologués
J'ai pas le bon blouson j'ai pas les bonnes bottes
Et en haut de mon bras je n'ai rien fait tatouer.

J'ai donné aux curés du sauvetage collectif
J'ai joué les mêmes notes swingué les mêmes riffs
Peu à peu j'ai compris les données du débat
Que rien ne bouge et l'égalité par le bas.

Et tant pis si la foule gronde
Si je ne tourne pas dans la ronde
Papa quand je serai grand je sais ce que je veux faire
Je veux être minoritaire.
J'ai pas peur
J'ai mon temps mes heures
Un cerveau un ventre et un coeur
Et le droit à l'erreur.

J'ai pas la fascination des petits tueurs
Miniloubarrivistes ou grands rastallumés
Les rats de la misère et ses perpétueurs
Qui jouent tellement bien le rôle qu'on leur fait jouer

Je ne sais pas encore d'où viendra la lumière
Les solutions magiques plus douces et plus belles
Je ne suis pas certain qu'elle sortira des computers
Mais je suis sûr qu'elle ne viendra jamais des poubelles.

J'en pendu mon cerveau aux potences du ciel
Je l'ai pendu si haut et je rêve quand même
J'ai vendu mes oreilles aux silences des hommes
Jusqu'au fond du sommeil je les entend qui sonnent

J'ai jeté leurs prières et leurs plaintes sans larmes
Et je me suis reforgé de nouvelles armes
Pour ne plus m'attendrir pour ne plus en souffrir
Pour entendre et sentir avant de réfléchir.


QUAND LA BOUTEILLE EST VIDE

Quand la bouteille est vide
Je craque une allumette
Et la bouteille vide
Se remplit de lumière

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